
Quand les vacances fatiguent : le poids invisible de la charge parentale
Les vacances sont souvent associées à des images de détente, de repos et de liberté. On les attend avec impatience, en espérant ralentir le rythme et refaire le plein d’énergie. Pourtant, pour de nombreux parents, la réalité est parfois bien différente. À la fin des vacances, certains se surprennent même à être plus fatigués qu’avant leur départ.
Comment expliquer ce paradoxe?

Lorsqu’on est parent, les vacances ne signifient pas nécessairement une pause des responsabilités. Bien au contraire. Si les obligations professionnelles sont temporairement mises de côté, les responsabilités familiales demeurent bien présentes. Organiser les activités, gérer les déplacements, répondre aux besoins des enfants, maintenir une certaine routine, prévoir les repas, régler les petits conflits du quotidien : autant de tâches qui continuent d’occuper l’espace mental.
Même dans les moments qui devraient être consacrés au repos, plusieurs parents restent en mode « gestion ». Ils demeurent attentifs à tout ce qui doit être fait, à tout ce qui pourrait arriver et au bien-être de chaque membre de la famille. Cette charge mentale peut rendre difficile le véritable relâchement.
À cela s’ajoute parfois une pression implicite : celle de vouloir offrir de « belles vacances » à sa famille. Lorsque les attentes sont élevées, les imprévus, les tensions ou simplement la fatigue normale de la vie familiale peuvent devenir sources de frustration ou de culpabilité.
Cette impression de revenir de vacances plus fatigué·e qu’avant est d’ailleurs bien réelle. Des études montrent que lorsque les parents disposent de peu de temps pour eux-mêmes et pour récupérer, leur niveau de stress et de fatigue tend à augmenter. Même lorsque les obligations professionnelles sont temporairement suspendues, le fait de demeurer constamment attentif aux besoins de la famille peut limiter les effets réparateurs habituellement associés aux vacances.
Toutefois, cette réalité n’est pas vécue de la même façon par tous les parents.

Les recherches montrent que les femmes continuent d’assumer une part plus importante du travail domestique et familial. Selon l’Institut de la statistique du Québec, les femmes consacrent en moyenne 3,4 heures par jour au travail non rémunéré, contre 2,4 heures pour les hommes. Elles consacrent également deux fois plus de temps aux soins des enfants du ménage.

Derrière ces chiffres se cache une réalité bien concrète. Dans de nombreuses familles, ce sont encore les mères qui portent une grande partie de l’organisation du quotidien: penser aux rendez-vous, préparer les bagages, prévoir les repas, anticiper les besoins des enfants, coordonner les horaires, s’assurer que rien n’est oublié. Ce travail d’anticipation et de planification est souvent peu visible, mais il demande une énergie constante.
Les vacances ne font pas disparaître cette charge. Elles peuvent même parfois l’accentuer: les routines habituelles changent, les enfants sont davantage présents, les déplacements se multiplient et les imprévus sont plus nombreux. Pour plusieurs mères, les vacances représentent donc moins une pause qu’une réorganisation de leurs responsabilités.

Dans une perspective féministe, il est important de reconnaître que cette fatigue n’est pas le résultat de choix individuels ou d’une mauvaise gestion du temps ou des priorités: elle s’inscrit aussi dans un contexte où le travail de soin, d’organisation et de soutien émotionnel demeure encore largement assumé par les femmes. Reconnaître cette réalité ne signifie pas que toutes les familles fonctionnent de la même façon, mais permet de mieux comprendre pourquoi certaines mères se sentent particulièrement épuisées, même pendant une période censée être consacrée au repos.
Dans ce contexte, il peut être aidant de se poser quelques questions.
De quoi ai-je besoin en ce moment? Qu’est-ce qui me permet habituellement de reprendre mon souffle? Qu’est-ce qui me nourrit ou me fait du bien? Et comment pourrais-je faire une petite place à cela pendant les vacances?
Les réponses seront différentes d’une personne à l’autre. Pour certain·es, ce sera un moment seul·e avec un livre, ou une marche. Pour d’autres, une conversation significative, une activité appréciée.
Malgré cela, il arrive que ces moments soient difficiles à trouver ou qu’ils ne suffisent pas à alléger ce qui pèse. Il est donc tout à fait normal qu’un parent ressente parfois le besoin d’être lui aussi pris en charge, écouté ou soutenu. Pour de nombreuses mères, ce besoin est toutefois difficile à reconnaître: habituées à prendre soin des autres, à anticiper les besoins de leur entourage et à tenir ensemble les multiples dimensions de la vie familiale, elles peuvent avoir l’impression qu’elles doivent continuer à avancer, même lorsqu’elles sont épuisées. Demander du soutien passe alors souvent après tout le reste.
Alors, si les parents passent une grande partie de leur temps à écouter les besoins des autres, qui prend le temps d’écouter les leurs?
En quoi l’écoute active peut-elle faire une réelle différence?
L’écoute active offre un espace où il n’est pas nécessaire de performer, de trouver des solutions ou de prendre soin de quelqu’un d’autre. Pendant quelques instants, l’attention est tournée vers la personne qui parle et ses préoccupations, ses émotions, ses questionnements et ses besoins peuvent être accueillis sans jugement et avec bienveillance.
Pour une mère qui passe une grande partie de son temps à soutenir les autres, cette expérience peut représenter une vraie pause. Une occasion de déposer ce qu’elle porte, de mettre des mots sur ce qui est vécu et de retrouver un peu d’espace intérieur.
Demander du soutien, c’est une façon de reconnaître que prendre soin de soi fait aussi partie de l’équilibre familial. Comme dans les consignes de sécurité en avion, où l’on nous invite à mettre notre propre masque à oxygène avant d’aider les autres, prendre soin de soi est donc loin d’être un geste égoïste: c’est au contraire une condition pour pouvoir demeurer émotionnellement disponible, attentif.ve et pleinement présent.e auprès des gens qu’on aime.
Si vos vacances ne ressemblent pas toujours à la pause dont vous rêviez, sachez que vous n’êtes pas seul.e. Derrière les sourires, les activités et les souvenirs de famille se cachent parfois de grandes responsabilités, beaucoup de travail invisible et une fatigue bien réelle.
Vous aussi méritez d’avoir un espace où vous pouvez être accueilli.e, entendu.e et compris.e: Tel-Aide Montréal est là pour prendre soin de celles et ceux qui prennent soin des autres
Sources
Institut de la statistique du Québec. L’emploi du temps de la population québécoise en 2022.
Femmes et Égalité des genres Canada. Faits, statistiques et incidence : égalité des genres.
Håkansson, C., Axmon, A. et Eek, F. (2016). Insufficient time for leisure and perceived health and stress in working parents with small children. BMC Public Health, 16, 1057.