Skip to main content
514 935-1101 | 1 877 935-1101 (sans frais)  

Et si la peur de déranger nous empêchait de demander de l’aide?

« Je ne voulais pas déranger. »

Les personnes qui écoutent sur une ligne d’écoute entendent cette phrase plus souvent qu’on pourrait le croire. Elle est parfois prononcée dès les premières minutes de l’appel. Derrière ces quelques mots se cache pourtant une réalité complexe : celle de personnes qui souffrent, mais qui hésitent à tendre la main parce qu’elles ont l’impression que leur détresse n’est pas assez importante, qu’elles devraient être capables de s’en sortir seules ou qu’elles risquent d’être un poids pour les autres.

À l’occasion de la Journée mondiale de la prévention du suicide, il est essentiel de rappeler que cette peur de déranger constitue un obstacle bien réel à la recherche d’aide. Pourtant, la souffrance n’a pas besoin d’avoir atteint un point de rupture pour mériter d’être entendue.

Une souffrance souvent invisible

Le suicide demeure un enjeu majeur de santé publique. Au Québec, 1 043 personnes sont décédées par suicide en 2023. Bien que ce nombre soit en diminution par rapport aux décennies précédentes, il représente encore près de trois décès par jour. Derrière chacune de ces statistiques se trouvent une personne, une famille, des proches et une communauté profondément marqués.

Mais les chiffres ne racontent qu’une partie de l’histoire.

Pour chaque décès, des milliers de personnes vivent une détresse psychologique importante sans jamais demander de soutien. Elles continuent d’aller travailler, d’étudier, de s’occuper de leurs enfants ou de remplir leurs responsabilités quotidiennes, tout en ayant le sentiment que quelque chose s’effondre à l’intérieur d’elles. Beaucoup ne parlent pas de ce qu’elles traversent, non pas parce qu’elles ne souhaitent pas être aidées, mais parce qu’elles doutent d’en avoir le droit.

Comparer les souffrances

La croyance selon laquelle « d’autres vivent pire » est profondément ancrée dans notre société. Nous avons tendance à comparer notre souffrance à celle des autres plutôt qu’à reconnaître qu’elle mérite, elle aussi, d’être accueillie. Cette minimisation est loin d’être anodine : elle retarde souvent la recherche d’aide jusqu’au moment où la détresse devient beaucoup plus difficile à porter.

  • La personne sous la pluie est mouillée, inconfortable, mais regarde la personne dans l’orage et pense : « Ce que je vis, ce n’est pas si grave. »
  • La personne dans un orage subit une pluie beaucoup plus forte, du vent et des éclairs, mais regarde vers l’ouragan et se dit : « D’autres vivent pire. Ce qui ne nous tue pas nous rend plus forts. »
  • La personne dans l’ouragan se trouve dans des conditions extrêmes, et pourtant, elle pourrait penser : « Je devrais être capable de gérer ça. »

Cet exemple illustre qu’il est toujours possible de minimiser ce que l’on vit, mais au fond la souffrance n’a pas besoin d’être comparée pour mériter d’être entendue et exprimée.

La peur de déranger ne se manifeste pas de la même façon chez tout le monde

La peur de demander de l’aide touche autant les hommes que les femmes, mais les raisons qui l’alimentent diffèrent souvent.

Chez les hommes, les normes sociales valorisant l’autonomie, la maîtrise de soi et la capacité à « tenir le coup » peuvent rendre particulièrement difficile l’expression de la vulnérabilité. Lorsqu’ils traversent une séparation, une perte d’emploi, des difficultés financières ou un problème de santé, plusieurs ont le sentiment qu’ils devraient être capables de régler leurs difficultés seuls. Demander de l’aide peut alors être perçu comme un aveu d’échec ou une perte de contrôle.

Cette réalité se reflète dans les données. Au Québec, près de trois décès par suicide sur quatre concernent des hommes. En 2023, leur taux de suicide était environ trois fois plus élevé que celui des femmes, et les hommes âgés de 50 à 64 ans demeurent le groupe le plus touché. Ces chiffres rappellent l’importance de créer des espaces où il devient possible de parler sans craindre d’être jugé (voir aussi notre article « Santé psychologique au masculin : briser le réflexe du silence » pour en apprendre plus sur le sujet).

Chez les femmes, la peur de déranger prend souvent une autre forme : les femmes consultent davantage les services de santé mentale que les hommes, mais cela ne signifie pas qu’elles demandent toujours de l’aide lorsqu’elles en auraient besoin. Elles sont nombreuses à minimiser leur propre souffrance parce qu’elles portent une charge mentale importante, assument des responsabilités familiales ou jouent un rôle de proche aidante. Les attentes sociales qui valorisent le fait de prendre soin des autres avant de prendre soin de soi peuvent conduire à repousser indéfiniment le moment de demander du soutien.

Certaines vivent également des situations de violence conjugale, de précarité économique ou d’isolement, autant de facteurs qui augmentent le risque de détresse psychologique tout en compliquant l’accès à l’aide.

Le postpartum : quand la souffrance est cachée derrière le bonheur attendu

La période suivant la naissance d’un enfant illustre particulièrement bien les effets de la peur de déranger.

La société associe spontanément l’arrivée d’un bébé au bonheur, à l’épanouissement et à la gratitude. Pourtant, de nombreuses mères vivent une réalité beaucoup plus nuancée. La dépression postpartum touche environ une femme sur sept, tandis que d’autres développent des troubles anxieux ou, plus rarement, une psychose postpartum.

Dans plusieurs pays à revenu élevé, le suicide figure parmi les principales causes de décès maternels au cours de la première année suivant un accouchement. Les études montrent que ces décès surviennent majoritairement dans un contexte de défis de santé mentale pouvant être reconnus et traités.

Or, beaucoup de nouvelles mères hésitent à parler de leur détresse. Elles craignent d’être jugées, de décevoir leur entourage ou d’être perçues comme de « mauvaises mères ». La peur de déranger devient alors une double souffrance : celle de vivre une détresse psychologique et celle de croire qu’il faudrait la cacher.

Les personnes les plus vulnérables

Le suicide peut toucher toute personne, mais certains groupes présentent un risque plus élevé.

Les hommes d’âge moyen, particulièrement entre 50 et 64 ans, demeurent les plus touchés par les décès par suicide au Québec. Les personnes vivant seules, celles ayant récemment vécu une séparation ou un deuil important, celles aux prises avec un trouble de santé mentale ou un problème de consommation, ainsi que les personnes ayant déjà fait une tentative de suicide présentent également un risque accru.

Chez les jeunes, les données montrent une hausse préoccupante des hospitalisations pour tentative de suicide chez les adolescentes au cours des dernières années. Les jeunes issus de la diversité sexuelle et de genre rapportent également des niveaux de détresse psychologique et d’idéation suicidaire plus élevés que la moyenne de la population. Les personnes des Premières Nations et les Inuits continuent aussi de subir un fardeau disproportionné, en raison de facteurs historiques, sociaux et structurels bien documentés.

Ces réalités nous rappellent que le suicide ne résulte jamais d’une seule cause. Il est le plus souvent le résultat d’une combinaison de facteurs individuels, relationnels, sociaux et environnementaux.

Changer notre regard sur la demande d’aide

Nous avons souvent tendance à considérer la demande d’aide comme le dernier recours, celui que l’on utilise lorsque tout le reste a échoué. Pourtant, en santé mentale, c’est souvent l’inverse qui permet de prévenir l’aggravation de la détresse.

On n’attendrait pas d’avoir tous les os du corps fracturés avant d’aller à l’hôpital. Alors pourquoi attend-on parfois d’être à bout avant de chercher du soutien pour notre santé mentale?

Parler tôt. Être écouté. Mettre des mots sur ce que l’on vit : ces gestes simples peuvent faire une vraie différence.

La peur de déranger est souvent le reflet d’une idée profondément ancrée : celle que notre souffrance devrait être mesurée, comparée ou justifiée avant de mériter une écoute. Pourtant, il n’existe pas de seuil à partir duquel une personne « a enfin le droit » de demander de l’aide.

Elle peut aussi venir de la peur que montrer notre vulnérabilité nous rende, d’une certaine façon, moins dignes d’être aimés. Pourtant, il y a quelque chose de profondément humain dans le fait de se laisser voir tel que l’on est réellement, pas seulement lorsque nous sommes forts, mais aussi lorsque nous traversons des moments difficiles. Notre vulnérabilité ne nous rend pas moins dignes d’amour ou de connexion; au contraire, c’est souvent cette vulnérabilité qui nous permet de créer des vraies liens avec les autres.

Attendre que la détresse devienne insupportable n’est pas une preuve de force; c’est souvent le résultat d’une solitude qui s’est installée progressivement. En santé mentale comme en santé physique, intervenir tôt peut faire toute la différence.

À Tel-Aide Montréal, nous croyons profondément qu’il n’existe pas de « petite souffrance » et qu’il n’est pas nécessaire d’être en crise ni d’avoir trouvé les mots parfaits pour appeler. Si quelque chose vous pèse au point où vous ressentez le besoin d’en parler, cette raison est suffisante : appelez-nous! 514 935-1101 ou sans frais partout au Québec : 1 877 935-1101.

Sources

santé mentale

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *