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La rentrée scolaire : la charge mentale et le travail bien réel des mères

Pour plusieurs familles, la rentrée n’est pas seulement un nouveau chapitre : c’est une véritable opération logistique. Et, encore aujourd’hui, ce sont bien souvent les mères qui en assurent la coordination. Acheter les fournitures, vérifier les vêtements, remplir les formulaires, reprendre les routines et répondre aux communications de l’école : la liste des choses à faire est bien réelle. La rentrée met ainsi en lumière non seulement la charge mentale des mères, mais aussi la quantité de travail concret souvent invisible qu’elles réalisent au quotidien.

Une responsabilité encore inégalement partagée

Les dynamiques familiales évoluent, et de nombreux pères jouent un rôle actif et important dans le quotidien de leurs enfants. Chaque famille répartit les responsabilités différemment, selon sa réalité, ses forces et ses besoins. Pourtant, les recherches montrent que, dans de nombreux foyers, les mères assument encore une part importante de l’organisation de la vie familiale et des soins quotidiens aux enfants.

Cette réalité ne reflète pas nécessairement un manque d’engagement ou d’implication de l’un ou l’autre des parents. Elle s’installe souvent progressivement, façonnée par les horaires de travail, l’expérience acquise en matière de soins, les habitudes familiales et les attentes qui pèsent sur les mères et les pères. Ainsi, les mères en viennent parfois à porter non seulement les tâches visibles, mais aussi le travail continu d’anticiper les besoins, de se souvenir des détails et de s’adapter lorsque les plans changent. La rentrée ne crée pas cette réalité : elle la rend simplement plus difficile à ignorer.

Temps moyen consacré chaque jour aux soins des enfants

Selon Statistique Canada, les mères consacrent en moyenne 7,5 heures par jour aux soins des enfants, contre 4,9 heures pour les pères. Au Québec, les données de l’Institut de la statistique du Québec montrent également que les mères de jeunes enfants travaillent en moyenne moins d’heures rémunérées que les pères, signe qu’elles continuent d’adapter davantage leur emploi du temps aux responsabilités familiales. 

Ces chiffres racontent une réalité qui dépasse largement les listes de fournitures scolaires. Ils rappellent qu’au-delà des tâches visibles se cache un travail beaucoup plus discret : celui de penser à tout. 

Penser à tout est aussi un travail 

Lorsqu’on parle de la fameuse « charge mentale », on pense souvent aux tâches du quotidien. Pourtant, ce qui épuise n’est pas seulement ce qu’il y a à faire. C’est le fait de porter la responsabilité que tout fonctionne. 

Se souvenir des journées pédagogiques. Anticiper les besoins des enfants avant même qu'ils ne les expriment. Prévoir les lunchs. Réorganiser son horaire lorsqu'un imprévu survient. Garder en tête ce qui manque, ce qui s'en vient, ce qu'il ne faudra surtout pas oublier. 

Une grande partie de ce travail passe inaperçue. Lorsqu’il est bien fait, personne ne le remarque. Les choses semblent simplement aller de soi. Mais cette vigilance permanente ne s’interrompt pas lorsque les enfants franchissent les portes de l’école. Elle accompagne bien souvent les mères jusque dans leur journée de travail, puis les suit à nouveau le soir, à la maison. 

Plus qu’une question d’organisation : des rôles difficiles à concilier

Ce qui peut rendre la rentrée particulièrement exigeante, ce n’est pas seulement la quantité de choses à faire. C’est aussi le sentiment que tout repose sur soi : que si un formulaire n’est pas signé, si un enfant oublie son matériel ou si une activité n’est pas planifiée, c’est d’abord sa propre responsabilité qui est engagée. 

Cette pression est rarement exprimée aussi clairement. Elle s’installe au fil du temps, nourrie par les attentes que notre société entretient encore envers les mères, mais aussi par celles qu’elles finissent souvent par s’imposer à elles-mêmes. Être présente, organisée, patiente, performante au travail, attentive aux émotions de ses enfants… sans trop laisser paraître que tout cela demande un effort considérable! Une mère peut alors se sentir dépassée, même lorsqu’elle accomplit déjà une quantité considérable de tâches.

Quand la rentrée fait déborder le vase 

La rentrée n’est pas difficile uniquement parce qu’il y a beaucoup de choses à faire en même temps. Elle l’est aussi parce qu’elle arrive parfois à un moment où les ressources sont déjà entamées : 

  • Le budget est serré après les dépenses estivales;
  • Une séparation oblige à réinventer toute l’organisation familiale;
  • Un enfant a besoin d’un accompagnement particulier;
  • Un proche est malade;
  • Les vacances n’ont pas permis de récupérer, etc. 

Il suffit alors d’un oubli, d’un imprévu ou d’un courriel de l’école pour que tout semble soudain devenir trop lourd

Peut-être vous reconnaissez-vous dans cette impression de toujours devoir avoir un coup d’avance. De penser à ce que personne d’autre ne semble voir. De terminer une journée de travail avec, en tête, une « deuxième journée » qui vous attend à la maison. 

Peut-être vous est-il déjà arrivé de pleurer devant un détail qui, pris isolément, paraît insignifiant: un formulaire retrouvé trop tard au fond du sac d’école, un dessert oublié sur le comptoir, ou un livre de bibliothèque resté à la maison…Non pas parce que ces oublis avaient de grandes conséquences, mais parce qu’ils survenaient dans un quotidien déjà saturé. Lorsque cette surcharge se prolonge, elle peut mener à l’épuisement parental.

Vous avez aussi le droit d’être écouté·e 

Il est facile de croire que sa fatigue n’est pas légitime. Après tout, « ce n’est que la rentrée », « d’autres vivent des situations plus graves! ». Pourtant, il n’est pas nécessaire de traverser une crise pour avoir besoin d’être écouté·e. Le stress chronique, la culpabilité, le sentiment de ne jamais en faire assez ou de s’oublier constamment finissent eux aussi par laisser des traces. 

Chez Tel-Aide Montréal, nous savons que les personnes qui nous appellent ne vivent pas toujours une urgence. Elles cherchent parfois simplement un endroit où elles n’ont plus besoin d’être fortes, efficaces ou disponibles pour tout le monde. 

Lorsqu’on ressent le besoin de parler à quelqu’un, une ligne d’écoute confidentielle peut offrir un espace pour déposer ce que l’on vit, sans jugement. Être écouté·e peut permettre de reprendre son souffle, de mettre des mots sur ce que l’on vit et, parfois, de réaliser que l’on n’a pas à porter tout cela seul·e. 

Parce qu’au fond, une rentrée réussie n’est pas une rentrée où rien n’a été oublié. C’est une rentrée où personne n’a eu à s’oublier soi-même. 

Note

Cet article aborde la réalité des mères, car les données montrent qu’elles assument encore, dans de nombreuses familles, une part disproportionnée de la charge mentale liée à la parentalité. Nous reconnaissons toutefois que les réalités familiales sont diverses et ne se limitent pas au modèle hétéroparental. Les familles homoparentales, transparentales, recomposées, monoparentales et toutes les autres configurations familiales vivent elles aussi leurs propres défis. 

santé mentale

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